samedi 31 janvier 2015

L’innovation, créatrice d’enjeux!

L’innovation, accélérant à une vitesse exponentielle dans toutes les sphères de notre société, apporte de nouveaux enjeux sociopolitiques à plusieurs niveaux. Ainsi, les déchets électroniques générés par l’obsolescence programmée et par le boom des TIC (technologies de l’information et des communications) soulèvent des enjeux environnementaux.   Dans les pays en voie de développement, des enjeux portant sur les droits de l’homme et les conditions de vie des travailleurs nous interpellent. Plus près de nous, des atteintes à la confidentialité des renseignements personnels sont causées par les resserrements de sécurité pour contrer les menaces terroristes, car malheureusement oui, même les terroristes innovent. Et que dire des enjeux de corruptions, alors qu’il n’a jamais été aussi facile de cacher d’énormes sommes d’argent dans des paradis fiscaux, sans oublier les enjeux causés par le cybercrime des nouveaux pirates de l’informatique.

Dans le cadre du cours sur le « Contexte économique et sociopolitique de l’entreprise », je retiens principalement une définition de Jean Pasquero (2005) comme étant celle qui est la plus à propos pour un enjeu au niveau d’une organisation.[i]; En effet, il décrit l’enjeu comme étant « une situation définie par une ou des parties prenantes comme un problème à régler. Ces parties prenantes sollicitent l’attention d’autres acteurs susceptibles de traiter ce problème dans le cadre des valeurs qu’elles défendent. »[ii]

Je suis tout à fait d’accord avec cette définition, puisqu’elle s’applique très bien aux organisations, et parce que je suis persuadé que ces dernières ont un grand rôle à jouer dans la résolution des enjeux causés par les innovations. Comment? Tout d’abord, parce que plus une organisation est proactive et à l’écoute des parties prenantes, plus elle sera en mesure de reconnaître les enjeux. Par la suite, l’organisation pourra amplifier l’importance de l’enjeu en politisant sa position grâce aux pressions auprès des gouvernements et ainsi tenter d’assurer sa conformité par la création de règlementations qui soient susceptibles de régler les enjeux tout en lui étant favorables. Finalement, elle pourra soutenir la résolution du ou des enjeux par l’implantation de correctifs appropriés.

Mais ne me croyez pas dupe! Je sais pertinemment que les organisations ont aussi besoin d’une vigie constante et de pression pour agir de la sorte, et qu’il en faut de plusieurs natures. De nos jours, ces vigies et pressions sont exercées par :
  • Les différentes réformes législatives législatives et la popularité croissante des rapports de responsabilités sociales que produisent les organisations.
  • Les exigences des investisseurs, par exemple selon les attentes des différentes bourses ou par le dépôt de résolution d’actionnaires, de même qu’avec la publication des indices composés des organisations les plus responsables.
  • La normalisation des référentiels de qualité et de responsabilité, telle que l’ISO 14000 (pour l’environnement) et l’ISO 26000 (pour la responsabilité sociale).
  • Les consommateurs, qui ont le gros bout du bâton!
  • Et finalement, tous les autres vecteurs de changement tels que l’ajout de formation aux programmes de l’enseignement supérieur, les nouveaux médias qui accélèrent les pressions, les nouvelles générations et l’apport des femmes dans les entreprises.


Une critique, relativement à l’application de cette définition aux organisations, est qu’il s’agit d’un cercle vicieux. En effet, à la base, les organisations tentent de faire des affaires en répondant aux besoins des consommateurs, lesquels sont de plus en plus exigeants. En tentant de répondre à ces exigences des consommateurs, les organisations créeront des enjeux de toutes natures. Et au bout du compte, les organisations en seront condamnées par ces mêmes consommateurs. Ce n’est pas facile de faire des affaires… Là où le cercle vicieux devient intéressant, c’est que les organisations sont composées et dirigées par des consommateurs!

Dans cette optique, puisque nous sommes des employés (en majorité), avant d’être des consommateurs, je crois que chaque employé a le devoir de participer activement à la sensibilisation de son organisation sur les enjeux présents et potentiels. Car ce sont les individus qui forment ces organisations qui pourront instaurer une culture d’entreprise axée sur la responsabilité sociétale et qui s’assureront de leur adhésion aux principes du développement durable, de l’éthique, de la légitimité et du dialogue avec les parties prenantes!

Étant un consommateur et un acteur principal dans mon organisation, je vais en profiter pour sensibiliser mes collègues et employés aux enjeux qui nous sont propres, afin de proposer des solutions alternatives ou améliorations.

© 2015 Simon-Pierre Marion tous droits réservés


[i] Lovasoa Ramboarisata, “Contexte économique et socio-politique de l’entreprise - MBA8T21-5 - UQÀM” (Présentation PowerPoint, Montréal, Québec, Canada, January 2015).
[ii] Marie-France Turcotte and Anne Salmon, eds., Responsabilité Sociale et Environnementale de L’entreprise, Collection Pratiques et Politiques Sociales et Économiques (Sainte-Foy, Québec: Presses de l’Université du Québec, 2005).

mercredi 30 juillet 2014

La classification des innovations


La classification des innovations ne fait pas encore l’unanimité dans le monde du marketing des technologies.  Plusieurs auteurs, dont les intérêts portent sur l’innovation, proposent diverses méthodes qui, bien qu’elles se ressemblent, ont toutes, une saveur différente.

Il est pourtant vital pour un département de marketing de bien cibler les types d’innovations, car cette classification permettra de bien planifier et exécuter la mise en marché des innovations.  Ceci représente un aspect stratégique de la plus haute importance pour une organisation!

Votre devoir, en tant que gestionnaire d’innovation, est donc de bien comprendre les différentes méthodes de classification, afin d’en comparer les résultats. J’ai donc énuméré quelques formes de classifications afin de vous aider dans vos recherches :

Une première forme de classification se fait par une matrice entre les habitudes de consommation et la technologie qui subit l’innovation [i].  Dans cette matrice (voir l’image ci-dessous) on classe les innovations dans une des quatre cases, selon leurs nouveautés ou anciennetés :
  • Dans le cas d’une habitude de consommation existante et d’une technologie existante, on parle d’innovations incrémentales c’est-à-dire qui s’inscrivent dans la continuité de l’existant, tant au plan technologique que comportemental. Par exemple, les versions de l’iPhone 4s, 5 et 5c en font partie.  Cette catégorie représente la grande majorité des nouveaux produits commercialisés, même si leur style, leur performance ou la publicité les font percevoir comme novateurs par le marché.
  • Dans le cas d’une habitude de consommation existante et d’une nouvelle technologie, il s’agit alors d’innovations technologiques.  Celles-ci sont fondées sur une nouvelle technologie, mais ne bouleversent pas radicalement les habitudes des clients, par exemple les lecteurs Blu-Ray qui ont remplacé les lecteurs DVD.
  • Dans le cas d’une nouvelle habitude de consommation et d’une technologie existante, il s’agit alors d’innovations comportementales. Ces innovations induisent de nouveaux comportements sans s’appuyer sur une nouvelle technologie, par exemple les premiers yogourts à boire ou les cosmétiques pour hommes.
  • Dans le cas d’une nouvelle habitude de consommation et d’une nouvelle technologie, il s’agit d’innovations de rupture, aussi appelée radicale,  car elles correspondent à des produits totalement nouveaux et qui ont un grand impact sur les produits existants, comme ce fut le cas des premiers téléphones mobiles ou des lecteurs MP3.

Il existe plusieurs autres formes de classification de type matricielle que j’énumère ici sans entrer dans les détails :
  • Il y a par exemple celle qui permet de classer les innovations en se basant sur les technologies et les modèles d’affaire des organisations [ii]. Celle-ci ressemble beaucoup la matrice présentée ci-dessus, où l’on fait la classification par nouveauté et ancienneté.
  • Ou encore, celle qui permet de classifier selon les technologies (innovations incrémentales, innovations d’architecture et innovations radicales) et les types de marchés (clients existants, nouveaux clients sur des marchés définis et marchés émergents) [iii].

Une dernière forme de classification, que j’énumère, se fait par la catégorisation des différents types d’innovations [iv].  Pour cette classification, on positionne l’innovation dans chacune des cinq catégories.  À mon avis, cette méthode est plus souple et permet une compréhension plus large et plus complète de ce qui caractérise les innovations.  Voici les catégories :
  1. Incrémentale versus radicale
    1. Une innovation est incrémentale lorsqu’il s’agit de la continuation de produits, méthodes ou pratiques existantes.  En d’autres termes, ce sont des améliorations mineures.
    2. Elle est radicale lorsqu’il s’agit d’un produit, d’une méthode ou d’une pratique complètement nouveaux.  Ce sont des idées révolutionnaires qui créent de nouveaux marchés.
  2. Produit versus processus
    1. Il s’agit d’une innovation de produit, lorsque nous sommes en présence d’un nouveau produit ou lorsque le produit existant est amélioré, que ce soit au niveau de ses caractéristiques fonctionnelles ou techniques, de l’amélioration de son utilisation ou toute autre dimension.
    2. Il s’agit d’une innovation de processus si celle-ci porte sur l’amélioration des coûts de production d’un produit, ou sur l’amélioration d’une méthode ou d’une pratique pour la rendre plus rapide.
  3. D’architecture versus modulaire (ou un composant)
    1. Une innovation d’architecture est soit l’application d’une nouvelle structure générale inhérente à un système technologique, ou soit un changement fondamental dans l'organisation des différents éléments de la structure du système technologique.
    2. Elle est modulaire, lorsque le changement s’effectue sur une seule composante de la structure d’un système technologique.
  4. De soutien versus perturbatrice
    1. L’innovation vient en soutien lorsqu’elle est faite pour répondre à de nouvelles exigences, de la part des utilisateurs.
    2. L’innovation vient perturber lorsqu’elle est introduite sans que son objectif soit nécessairement de répondre à un besoin existant des utilisateurs.  L’innovation perturbatrice crée souvent de nouveaux marchés.
  5. Organisationnel versus non-organisationnel
    1. Ce sont des innovations qui changent une organisation au niveau de son modèle d’affaires, de ses stratégies, de son marketing, de sa structure ou de toutes autres de ses pratiques.
    2. Pour le non-organisationnel, il s’agit de tout ce qui n’est pas relié à l’organisation!

Peu importe vos préférences ou vos façons de faire, ces formes de classifications des innovations pourront certainement vous aider à mieux interpréter chacune des situations d’innovation que vous aurez à gérer.

Comme je l’indiquais précédemment, je préfère la dernière méthode décrite, puisqu’elle permet une représentation plus large des innovations.  Je crois cependant qu’il y manque une sixième catégorie, soit celle que j’appellerais « unicellulaire versus de symbiose ».
    1. L’innovation unicellulaire représente, pour moi, les innovations qui ne s’apparentent en rien à ce qui existe déjà.  Il s’agit ici de toutes les grandes (ou parfois petites) inventions qui sont faites par hasard ou à la suite à de longues recherches, comme l’électricité ou le téléphone.
    2. Toujours d’après moi, l’innovation de  symbiose représente les innovations qui découlent du mariage entre deux ou plusieurs innovations déjà existantes.  Les téléphones intelligents représentent un bel exemple d’innovation de symbiose, puisqu’ils découlent d’un regroupement de plusieurs technologies (téléphones mobiles, ordinateurs personnels de poche, appareil photo numérique, lecteur de musique digital, etc., tous regroupé dans un seul appareil).

Si vous avez d’autres catégories d’innovation à partager, n’hésitez pas à le faire sur mon blogue!




[i] Emmanuelle Le Nagard and Delphine Manceau, Marketing de l’innovation: de la création au lancement de nouveaux produits (Paris: Dunod, 2011).
[ii] Thomas Loilier and Albéric Tellier, Gestion de l’innovation: comprendre le processus d’innovation pour le piloter (Cormelles-le-Royal: Éd. EMS, Management & société, 2013).
[iii] Wendy K. Smith and Michael L. Tushman, “Managing Strategic Contradictions: A Top Management Model for Managing Innovation Streams,” Organization Science 16, no. 5 (September 2005): 522–36, doi:10.1287/orsc.1050.0134.
[iv] Jakki J. Mohr, Marketing of High-Technology Products and Innovations, 3rd ed (Upper Saddle River, NJ: Prentice Hall, 2010).

mercredi 21 mai 2014

Étude de cas : L'innovation chez Samsung!

Aujourd’hui, dans cet article de mon blogue sur l’innovation, je voulais partager avec vous le résultat de notre travail de recherché sur Samsung, dans le cadre du cours “Stratégie industrielle et politique de l’innovation dans les entreprises technologiques”.  J’ai eu la chance de produire cette recherche avec mes distingués collègues du EMBA, Marc-André Fournier, Patrick Lepage et Fabrice Olivier.

Notre travail est structuré de la façon suivante. Après une brève introduction, nous présentons un historique du groupe Samsung, pour ensuite brosser un portrait du contexte socioéconomique et politique de la Corée, lequel a influencé son industrialisation. La quatrième section présente les stratégies d’innovation de Samsung en comparant les périodes d’innovation fermée (avant 1993) à celle de l’innovation ouverte et combinatoire (après 1993). La cinquième section est consacrée à la stratégie et à l’évolution industrielle de Samsung dans le secteur de la téléphonie mobile et des appareils intelligents avec, entre autres, une comparaison des politiques d’innovation des principaux joueurs de cette industrie. En guise de conclusion, nous proposons une projection sur la manière dont Samsung devrait continuer à évoluer dans le marché de la téléphonie mobile, en nous basant sur la tendance d’innovation observée ainsi que sur les autres éléments d’information obtenus et analysés pour la rédaction de ce travail.

J’espère que vous apprécierez notre recherche!


Bonne lecture (cliquez sur le lien ci-dessous).

mercredi 30 avril 2014

L’exode de l’innovation des régions rurales


Lors de mon dernier article sur l’innovation, je vous ai parlé des systèmes nationaux d’innovations.

J’aimerais revenir sur ce sujet afin de vous donner un complément d’information, concernant l’innovation dans les grandes villes des pays industrialisés.  J’ai extrait celles-ci d’une recherche du professeur Jorge Niosi [i].

Dans cette recherche, on explique que l’innovation a lieu, le plus souvent, dans les grandes agglomérations, et que le Canada ne fait pas exception à la règle. Ce sont dans les plus grandes régions métropolitaines de recensements (RMR), Toronto et Montréal en tête, que se concentre la plus grande partie des dépenses industrielles, des établissements et des chercheurs actifs en R-D et des brevets industriels.
 
Grâce à leurs recherches, les auteurs ont confirmé les deux hypothèses suivantes.
  1. Plus la RMR est grande et plus elle est diversifiée sur le plan industriel.
  2. Les plus grandes RMR comptent plus de R-D par habitant.
 
Deux autres hypothèses ne purent être infirmées ni confirmées scientifiquement, quoiqu’elles semblent logiques :
  1. Les entreprises installées dans les plus grandes RMR sont plus innovantes (elles produisent plus de brevets par unité de dépense en R-D)
  2. Les RMR plus diversifiées obtiennent plus de brevets par habitant

On peut voir la répartition par grande ville canadienne dans le graphique suivant, et que le résultat correspond aux dires des chercheurs.

 
Ceci nous aide à mieux comprendre les décisions des gouvernements lors de l’attribution de leur contribution à l’investissement en innovation, même s’il est dommage de constater que ceci n’aide en rien les régions rurales ou semi-rurales…




[i] Jorge Niosi and Michel Bourassa, “L’innovation dans les villes canadiennes” (Département de management et technologie, UQAM, 2008), http://chairetechno.esg.uqam.ca/upload/files/realisations/articles/niosi_bourassa_2008.pdf.